Sorti en 2024, l'échec monumental de Suicide Squad Kill the Justice League aurait fait perdre à Warner Bros., son éditeur, la somme colossale de 200 millions de dollars. En parallèle, ce flop historique a durablement terni la réputation de Rocksteady, studio britannique pourtant légendaire à qui l'on doit la trilogie Batman Arkham, encore considérée aujourd'hui comme l'une des meilleurs adaptations vidéoludiques de super-héros de tous les temps. La faute à un modèle jeu-service imposé par l'éditeur, avec le résultat catastrophique que l'on connaît. Deux ans plus tard, deux créateurs qui ont profondément souffert de leur expérience sur leur titre, brisent le silence sur les coulisses cauchemardesques du développement de Suicide Squad, qui aura duré sept interminables années.

Un jeu Suicide Squad qui porte un peu trop bien son sinistre nom

Dans une interview auprès de Bloomberg, Axel Rydby, directeur de Suicide Squad Kill the Justice League et Johnny Armstrong, designer en chef associé, sont revenus deux ans plus tard sur ce qui a failli les dégoûter à vie de l'industrie du jeu vidéo. Ils y dénoncent notamment l'omniprésence de Warner Bros. pour constamment imposer l'ajout de fonctionnalités pour progressivement transformer le titre en jeu-service. « C'est à ce moment-là que j'ai commencé à réaliser que je ne créait plus vraiment de jeux. Je suivais un tableur Excel d'analyse marketing que personne n'était capable de présenter clairement. J'avais le sentiment que ce n'était pas l'industrie du jeu vidéo dans laquelle je voulais travailler », a expliqué Axel Rydby, le directeur de Suicide Squad Kill the Justice League.

De son côté, le moral de Johnny Armstrong a pris un sacré coup lors du lancement chaotique du jeu, dénonçant le fait que toutes ces années de travail parasitées par les exigences de Warner Bros. et le flop historique qui en a résulté ont retiré de lui toute joie de créer des jeux. « J'avais l'impression qu'on avait siphonné toute mon énergie. Je me suis dit que 'je ne pouvais plus faire ça, j'en ai marre', je me décomposais à vue d'œil », a-t-il déclaré.

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© Rocksteady/Warner Bros.

Un plaisir de créer des jeux retrouvé et un message important à faire passer

Malgré le profond traumatisme qu'a été le développement de Suicide Squad Kill the Justice, les deux vétérans n'ont pas quitté l'industrie, mais ont définitivement quitté les rangs de Rocksteady après cette débâcle. Ils travaillent désormais sur le petit RPG deckbuilder indépendant Secret of Circadia.

Avec le recul, le directeur de Suicide Squad avait ceci à dire aux éditeurs qui s'intéressent plus aux ventes qu'à la passion des développeurs : « Je pense que notre industrie est en train de sérieusement s'égarer. À l'origine, il n'était que question de projets passion qui vous tenaient à cœur, que vous aimiez et dont vous espériez que les autres partageraient l'amour. Quand c'était le cas, c'était un sentiment extraordinaire. Puis, cet aspect s'est peu à peu estompé. L'état d'esprit a fini par devenir : 'Espérons que ça se vende. Espérons que ça rapporte de l'argent' ». À bon entendeur...

Source : Bloomberg